Les plantes carnivores

Pourquoi certaines plantes sont-elles carnivores ?

Il existe dans le monde quelque 500 espèces de plantes carnivores, qui tirent une partie de leur nourriture des animaux (généralement des insectes) qu’elles piègent de diverses et ingénieuses façons. Elles abondent en particulier dans les sols détrempés, les tourbières et les marais, dont la pauvreté en azote est palliée par les insectes qu’elles attrapent.  Fait exception la gobe-mouches d’Europe, très commune au Portugal, qui vit en sol sec et rocailleux dans les campagnes, et dont les longues feuilles poisseuses servent parfois de papier tue-mouches.

Les plantes carnivores contiennent de la chlorophylle et fabriquent donc leur nourriture comme les autres végétaux verts. Elles survivent sans manger d’animaux, mais se portent mieux avec ce supplément carné. Toutes les plantes carnivores portent des fleurs, parfois très belles, mais qui n’attirent les insectes qu’accessoirement, car ces plantes ont d’autres armes.

Comment attirent-elles leurs victimes dans leurs pièges ?

Les plantes carnivores capturent les insectes avec leurs feuilles, souvent très colorées, qui trompent les insectes habitués à associer couleurs vives et sources de nectar. Beaucoup de feuilles sécrètent aussi un liquide parfumé dans leurs pièges. L’odeur des proies en décomposition attire d’autres insectes, comme les mouches.

Comment les droseras piègent-ils leurs proies ?

Leurs feuilles sont couvertes de poils rouges ou orange vif, portant chacun une goutte de liquide apparemment semblable à du miel et dans lequel les mouches, fourmis et autres insectes se trouvent fortement englués. La victime se débat pour se libérer, mais cela ne fait que stimuler les poils voisins, qui se recourbent sur elle. L’insecte suffoque.

Le drosera sécrète alors une enzyme qui digère la proie, ne laissant que les ailes, la carapace et autres parties dures. Si une feuille capture deux
insectes à la fois, les poils se partagent le travail pour les neutraliser.

La grassette opère de façon analogue et retient les insectes avec une sécrétion poisseuse, émise par ses longues feuilles pointues disposées en rosette.

Chez beaucoup d’espèces, les bords des feuilles s’enroulent vers l’intérieur pour emprisonner la proie, et certaines cellules sécrètent des enzymes digestives. Son repas terminé, la feuille se déroule, de nouveau prête à l’action.

Quelles sont les plantes carnivores aquatiques ?

Près de la moitié des espèces de plantes carnivores appartiennent à la famille des Utriculariacées ; la plupart sont des espèces aquatiques, aux feuilles plumeuses immergées, sans racines, aux fleurs généralement petites et d’un jaune assez vif.

A l’aisselle de leurs feuilles, ces plantes possèdent des pièges en forme d’outres minuscules — 2,5 mm de diamètre environ remplies d’air et munies d’une seule ouverture surmontée de poils raides. Cette «porte» reste fermée, mais s’ouvre au moindre contact sur sa surface ou sur les poils, et l’eau s’y engouffre, entraînant larves et petits crustacés. Puis la porte se referme et ne peut s’ouvrir de l’intérieur.

L’utricule finit par se vider de son eau, mais digère et absorbe les proies. Une espèce tropicale vit sur les mousses humides et diverses plantes épiphytes. Une autre, aux fleurs d’orchidée, croît dans l’eau accumulée au centre des Broméliacées. (Les Broméliacées, dont fait partie l’ananas, sont des plantes souvent épiphytes.) Elle se reproduit en émettant des sortes de vrilles, porteuses d’une pousse, qui donne une plante nouvelle si elle rencontre une autre Broméliacée.

Pourquoi certaines plantes ont-elles des urnes ?

Les Sarracéniacées attrapent les insectes d’une façon passive, mais efficace. Leurs feuilles tubulaires forment une urne, ou ascidie, dans laquelle l’eau de pluie s’accumule. Cette urne est parfois surmontée d’une sorte d’entonnoir qui conduit l’eau à l’intérieur ; parfois, le bout de la feuille se rabat comme un capuchon, freinant l’entrée du liquide, surtout par forte pluie.

Les lèvres, partie évasée de l’urne, sont le plus souvent écarlates, marron ou violettes, souvent rayées de crème ou de jaune vif. Le long d’une crête interne se trouvent des cellules produisant un nectar sucré et, au-dessous, des poils raides pointés vers le bas empêchent l’insecte de remonter et de s’échapper. Par ailleurs, la cire sécrétée par les parois internes lisses de la plupart des ascidies les rend si glissantes qu’elles ne donnent prise à aucun crochet, griffe ou ventouse. Une fois qu’il a pénétré dans l’urne, l’intrus est condamné et glisse dans l’eau où il se noie. Il finit par tomber au fond, se décompose, et ses tissus tendres sont digérés par la plante.

Le liquide des sarracénies est-il dangereux ?

Ces plantes sont parfois surnommées «coupes du chasseur», car l’eau contenue dans leurs ascidies est potable : celle de la partie supérieure est pure et non contaminée, mais au fond subsistent les restes durs et indigestes des proies. Avec quelque précaution on peut les éviter, et chaque urne offre au moins une ou deux gorgées d’eau claire, parfois beaucoup plus.

Comment la dionée gobe-mouches capture-t-elle ses victimes ?

La plupart des plantes carnivores ne prennent pas leurs proies de vitesse mais les noient ou les engluent dans leurs poils ou leurs feuilles poisseuses. La dionée, espèce en voie de disparition des plaines de la Caroline du Nord, est plus agressive.

Le bout de ses feuilles se divise en deux lobes rose vif articulés comme les valves d’une palourde. LC pourtour en est garni de crocs, et au milieu se trouvent trois poils déclencheurs sensibles qu’un insecte, ou tout autre animal, attiré par la feuille, ne peut éviter de toucher. S’il n’en heurte qu’un seul, rien ne se passe, mais s’il en touche deux ou les frôle même deux fois, les deux lobes de la feuille se referment d’un coup sec, les crocs périphériques s’enchevêtrent, les deux moitiés se plaquent étroitement, et le piège ne peut être forcé. Quand un piège manque sa proie ou se referme sur quelque chose de non vivant, il se rouvre au bout d’une demi-heure, sinon il reste clos et digère sa victime, ce qui peut prendre plusieurs semaines. La plupart des feuilles ne font que deux ou trois prises, puis meurent et sont remplacées par d’autres.

En France, les principales plantes carnivores sont les trois espèces de droseras et les grassettes ainsi que les utriculaires. Les droseras, encore appelés rossolis ou herbes-à-la-rosée, ont des feuilles arrondies couvertes de poils sécrétant un liquide gluant et brillant.

Ces tentacules se replient sur l’insecte qui les touche. On estime qu’une seule plante peut ainsi capturer 2 000 insectes au cours d’un été.

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