Les origines du chien

Les chiens présentent une telle diversité de caractères que l’on est en droit de se demander s’ils constituent vraiment une seule espèce (Canis familiaris).

En effet, deux points caractérisent l’espèce : l’interfécondité des individus et leur ressemblance. En présence de sujets qui se ressemblent et qui se reproduisent indéfiniment entre eux, en donnant des descendants qui se ressemblent et leur ressemblent, il n’y a aucune difficulté, il s’agit bien d’individus de la même espèce.

En ce qui concerne les chiens, la question de l’interfécondité ne prête guère à discussion et permet d’admettre leur unité spécifique. Mais le second caractère, la ressemblance, n’est pas pris en considération.

Si, en revanche, d’après la variété des types, on distingue plusieurs espèces de chiens, c’est cette fois l’interfécondité que l’on néglige en tant que caractère spécifique capital.

Aucune des nombreuses hypothèses émises par les naturalistes ne permet de sortir de ce dilemme, aussi la question reste-t-elle largement ouverte.

Les chiens descendent-ils d’une souche unique ou de souches diverses ?

L’origine des chiens domestiques a été et reste fort discutée. Le point essentiel est de savoir si les ancêtres étaient uniquement des chiens sauvages et s’il s’agit d’une souche unique, ou bien s’ils appartenaient à plusieurs espèces (loup, chacal, renard), c’est-à-dire à des souches multiples.

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’unité de souche était unanimement acceptée, conformément aux idées créationnistes alors en faveur. En 1755, Buffon envisagea le problème autrement que ses devanciers et, ce
qui est très remarquable, il préconisa des expériences pour le résoudre. Des résultats de croisements avec des loups, il conclut que les chiens constituent une espèce distincte et ne sont pas des loups dégénérés. Enfin, non seulement il dénomma, décrivit et répertoria toutes les races de chiens alors connues, et il essaya également de les grouper. Selon son classement, les chiens de Berger seraient les chiens les plus équilibrés.

 F. Cuvier, en 1817, reprit le sujet d’une manière différente en faisant état de l’intelligence, qui, croyait-il, se traduisait par la grandeur du crâne. Finalement il accepte, mais sans le prouver, que le chien est une espèce animale dont la souche n’existe plus à l’état sauvage. Tous les chiens que l’on connaît dans cet état ne seraient que des chiens marrons, en raison de la diversité de leur coloration et de la facilité avec laquelle ils rentrent en domestication.

Cette conception fut loin d’être unanimement adoptée, et beaucoup de natura-listes continuèrent à voir dans les espèces sauvages (loups, chacals et renards) les ancêtres des chiens domestiques, sauf cependant Cornevin, qui est nettement partisan de l’origine canine multiple, la plus généralement admise de nos jours.

Il est manifeste que la discussion a trop souvent été orientée par le désir de faire triompher une doctrine donnée : créationnisme, transformisme ou autre; cela se traduit, chez les auteurs, par le rejet des observations qui ne leur sont pas personnelles. Il est vrai que cette conception est en partie justifiée par la confusion qui règne dans la nomenclature des Canidés.

En se fondant sur l’imprécision de celle-ci, un auteur peut facilement prétendre que les observations d’autrui sont entachées d’erreur et en prendre prétexte pour n’en pas tenir compte. C’est pousser bien loin la critique; lorsque les observations sont convenablement rapportées, il est possible de savoir de quel animal il s’agit. Les comparaisons sont parfois difficiles, mais rarement impossibles.

Pour résoudre la question, il faudrait la reprendre sur des bases nouvelles notamment d’après la génétique moderne. Mais de nombreux obstacles d’ordre pratique rendent difficile cette entreprise, déjà bien délicate.

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